L'importance de définir son public cible

Dans ce blogue, nous aborderons un aspect en particulier dont les traducteurs doivent tenir compte lorsqu’ils travaillent sur un texte. Lors de la traduction, l’objectif est de transmettre les mêmes idées que l’auteur, mais il importe de garder le public cible à l’esprit.

Quand un traducteur reçoit un texte, il l’examine pour se faire une idée de son contenu et du public visé. Pour bien traduire, il est essentiel de déterminer le public cible; cet élément constitue d’ailleurs une excellente raison de faire appel à un traducteur professionnel. Les ordinateurs comme ceux du film La matrice, aussi redoutables soient-ils, ne peuvent saisir les nuances. Pour un traducteur humain, cette tâche est relativement aisée, alors que certains logiciels de traduction automatique ne font qu’avaler chaque mot séparément (sans tenir compte du contexte) pour ensuite les cracher en formant des syntagmes décousus à la manière d’une mitraillette dans un film noir; l’arme tire à tout vent sans jamais atteindre la cible.

Dans le cas d’un texte de marketing, la traduction doit être persuasive afin de mettre le produit en valeur et de convaincre les consommateurs qu’ils ne peuvent continuer de vivre en ce monde sans cet article magique, qui saura réaliser tous leurs rêves jusqu’à la fin des temps.

Prenons les logiciels, par exemple. Il existe une pléthore d’expressions à la mode utilisées sur pratiquement toutes les pages Web décrivant des logiciels et qui ont pour but de vous convaincre qu’il s’agit du meilleur logiciel, un produit de qualité supérieure, optimisé, amélioré, rapide, précis, en temps ultraréel, bref, le logiciel le plus efficace que vous aurez utilisé de toute votre vie. S’il était possible d’exploiter la précision de la surveillance en temps réel afin de géolocaliser nos ressources humaines et matérielles de façon à communiquer activement nos méthodes et stratégies d’adaptation sur le terrain tout en collaborant au moyen d’un système de gestion ultrasophistiqué, multiplateforme, à la fine pointe de la technologie et centralisé, peut-être pourrions-nous enfin dormir sur nos deux oreilles…

Voilà les idées et les mots que le traducteur doit prendre en compte lorsqu’il travaille sur ce type de texte. Si on disait simplement « Achetez ce produit, il est pas mal du tout », les gens ne seraient probablement pas portés à se le procurer. Toutefois, le contraire est aussi vrai. Parfois, un texte requiert une traduction dans un langage accessible. On ne peut utiliser un vocabulaire recherché dans un texte simple. Par exemple, si dans un livre pour enfants on dit « Frappé d’effroi, le félin prit la clef des champs et se nicha dans les profondeurs d’un conifère », le public cible pourrait ne pas comprendre qu’en fait, on veut tout simplement dire que le chat a eu peur et qu’il s’est caché dans un arbre.

Les livres pour enfants doivent utiliser un langage que les tout-petits peuvent comprendre. Un texte pour enfants de sept ans qui comporte un vocabulaire soutenu risque de ne pas retenir leur attention bien longtemps. Même chose en ce qui concerne tous les types de textes source, dont la traduction doit être adaptée au public cible approprié. Les manuels d’instructions doivent transmettre des directives claires et simples afin que l’utilisateur puisse gérer facilement son nouvel outil. Des instructions trop compliquées ne feront qu’irriter grandement l’utilisateur et pourraient l’empêcher de comprendre les renseignements nécessaires pour passer à la prochaine étape. Les textes scientifiques destinés au grand public doivent être traduits de façon à être compris par Monsieur et Madame Tout-le-monde, tandis que les textes qui s’adressent à des scientifiques doivent comporter un langage précis et utiliser le vocabulaire du champ d’expertise, sans quoi il ne présentera aucun intérêt pour les personnes qui maîtrisent parfaitement le sujet.

En résumé, il est impossible d’appliquer la même méthode de traduction à tous les types de texte. On doit adapter le langage et le vocabulaire tout en traduisant en fonction du public auquel s’adresse l’auteur. Selon le sujet, il n’est pas toujours approprié d’exhiber la richesse de son vocabulaire, mais le traducteur doit tout de même rechercher le plus de nouveaux termes spécifiques possible s’il ne maîtrise aucunement le sujet d’un texte portant sur un projet d’astrophysique nucléaire réalisé par une équipe ukrainienne, qui présente maintenant le fruit de ses recherches au monde entier. Il serait peut-être préférable d’éviter de commencer la traduction par « Les gars en sarrau blanc ont découvert des trucs pas mal cool »…

Kevin Coughlan, Traducteur en chef, Stevenson & Writers

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